antidote - Pollution visuelle
Temps de lecture : 2 minutes

Ou comment se saisir de tout prétexte pour exacerber l’intolérance !

«Le linge pendu aux fenêtres constitue une pollution visuelle. A Moissac, il n’est pas dans nos mœurs d’étendre ses draps et ses culottes aux fenêtres» (Romain Lopez, maire de Moissac).

Mais si la lessive est étendue, c’est donc qu’elle est faite !! C’est bien la première règle d’hygiène ! Et si la lessive est étendue aux fenêtres ou sur les balcons, c’est peut-être que l’espace intérieur est restreint, non ? A n’en pas douter, après une telle annonce – tonitruante comme à son habitude – le maire a évidemment le projet d’aménager un espace communal pour permettre à la population moissagaise d’y faire sécher son linge (propre) si besoin …!

Les affiches «tolérance zéro», visibles dès l’entrée de ville et jusqu’aux portes du Hall de Paris, ne sont-elles pas, elles, une pollution visuelle, voire un outil de propagande ? Cet affichage publicitaire à la gloire du maire, en plein périmètre architectural protégé, aurait été interdit s’il avait été réalisé par une société de publicité. Et celle-ci aurait même pu être condamnée sous astreinte journalière de 200€ à retirer cet affichage sur le fondement de l’article L581-30 du code de l’environnement. Ces affiches, en lieu et place des annonces culturelles, sont agressives, clivantes. Elles contribuent à alimenter cette atmosphère délétère de ville assiégée que nous connaissons désormais. Et finalement, elles sont plus visibles que notre linge (propre), elles franchissent même le périmètre historique de la ville alors que notre petit linge (propre) reste sur nos balcons.

Mais autres temps, autres mœurs !! 

«Il n’appartient qu’aux souverains, ou à ceux qui sont autorisés par eux, de se mêler de régler les mœurs des autres.» René Descartes ( Correspondance 1647) 

Pour Romain Lopez, qui rêve d’être le souverain de Moissac et se comporte comme tel, tout est prétexte pour juger de nos mœurs et de nos coutumes. Avec, au final, la promotion d’une culture fascisante qui crée un climat nauséabond, une ambiance délétère qui ne font rien d’autre que dresser les habitants de Moissac les uns contre les autres. 

S’agissant du grave problème que représente le linge (propre) pendu aux fenêtres des maisons : le maire prétend que cela dénature Moissac aux yeux des visiteurs? !!!
Mais enfin Moissac n’est pas un musée, c’est une «vraie» ville, avec des  gens qui y vivent ! Une ville c’est fait pour ça !! Naples est-elle désertée de ses visiteurs à cause du linge pendu aux fenêtres ou en travers de ses rues fraîches ? Et en Espagne, pas de linge aux fenêtres ?

Cette « affaire » est juste un prétexte pour étaler l’intolérance.

Infirmière depuis 31 ans à l’hôpital public de Moissac (devenu « établissement de santé »), je suis convaincue que la préservation des services publics sur notre territoire doit être un choix politique ; que l’intérêt général doit guider tout programme, toutes actions individuelles ou collectives. La communication, les échanges nourrissent la pensée et la réflexion, nous permettent d'appréhender les enjeux de notre société, d'agir sur elle jusqu'à la réinventer. Je ne braderai pas les valeurs qui me portent pour une société où l’épanouissement de quelques-uns se fait au dépens de nombreux autres. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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