festival des Voix
festival des Voix. Jacques Weber au cloitre.
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Romain Lopez, maire Rassemblement National de Moissac, pose les prémices de sa politique, et en bon élève de Marion Maréchal, il dissimule l’absence de réel projet territorial derrière une communication à tout-va, et s’approprie la culture. Depuis Mussolini, ce sont les deux piliers du fascisme, partout dans le monde comme à Moissac.

Un communiqué laconique

C’est par un court texte paru sur son site web que la mairie de Moissac a annoncé ce mercredi 3 mars que la programmation des spectacles serait désormais assurée par les services municipaux. Jusqu’ici, l’association Moissac Culture Vibration (MCV) en avait l’entière responsabilité en assurant l’ensemble des spectacles du Hall de Paris et du Festival des Voix. Aucune explication n’a été donnée et ce n’est pas le communiqué très consensuel publié par MCV qui permettra de comprendre la brutalité de cette rupture.

Il fallait pourtant s’y attendre. La reprise en main de la culture “confisquée par la gauche bobo“ était l’un des sujets de prédilection du candidat Lopez à la dernière élection municipale. Dans toutes les villes gérées par le Rassemblement National, l’accaparement de la culture est une des toutes premières mesures mises en place. Le projet de l’extrême droite est uniquement idéologique, il veut agir sur les esprits et transformer les structures sociales selon des modèles nationalistes et xénophobes qui permettent à quelques-uns de confisquer le pouvoir à leur seul profit. Il n’y a pas de volonté de développer un territoire, pas de visée économique particulière, toutes les compromissions, toutes les corruptions sont admises pourvu qu’elles permettent cet asservissement des consciences.

Sur le site web de l’ISSEP, le centre de formation qu’elle dirige, Marion Maréchal a publié ceci : “Un futur dirigeant politique ne peut se dispenser de s’enraciner dans une culture et une histoire pour s’imprégner de l’inconscient du peuple, de sa mentalité et de ses moeurs en vue de lui donner un cap auquel il adhérera.“ On ne peut pas être plus clair.

Une situation ambiguë

Signée par le prédécesseur Les Républicains de Romain Lopez, la convention qui liait la mairie de Moissac et l’association MCV présentait cependant des failles importantes. Elle laissait à MCV la totalité de la responsabilité de la programmation des spectacles d’une des plus belles salles du département – le Hall de Paris – et du festival des Voix. 

festival des Voix Moissac
Festival des Voix. L’orchestre de chambre de Toulouse à La Chapelle de l’ancien séminaire.

L’image de Moissac repose beaucoup sur son histoire et sa culture. Haut lieu de la chrétienté au Moyen-âge, elle garde une église et un cloitre abbatiaux mondialement célèbres, elle laisse des manuscrits enluminés parmi les plus riches. En matière culturelle, le spectacle y a tenu une place prédominante, pour preuve l’installation d’Arène Théâtre pendant 10 années au cœur de la ville (voir nos articles à ce sujet). A côté, la bibliothèque municipale fait triste figure, elle est casée dans des locaux inadaptés qui lui interdisent de devenir une véritable médiathèque et de remplir sa fonction fondamentale d’initiation et de formation à la lecture.

C’est dans ce contexte que presque la moitié de la politique culturelle de la ville a été confiée à une association. Sans délégation de service public formelle, la mairie avait abandonné à un opérateur privé la totalité d’une politique phare et se privait ainsi de la possibilité d’intervenir et de contrôler, sinon a posteriori, la relation avec le public, les liens avec la création locale et régionale et l’image portée au-delà des limites d’Occitanie. La porte était donc entrouverte et Romain Lopez s’est évidemment empressé de s’y engouffrer.

Romain Lopez, entrepreneur de spectacles

La loi française encadre très précisément la fonction d’entrepreneur de spectacles. Depuis 1945, il faut être titulaire d’une licence délivrée par le ministère de culture pour l’exercer. Si une entreprise peut gérer une telle activité, la licence ne peut être délivrée qu’à une personne physique qui peut justifier d’une formation, notamment en matière de sécurité du public, et d’une expérience dans le spectacle vivant. Jusqu’en 1999, il n’était pas possible d’exercer cette fonction pour le compte d’une association ou d’une collectivité. Aujourd’hui, si une collectivité territoriale veut l’exercer, c’est le maire qui doit être titulaire de cette licence ou un adjoint délégué, ou encore un salarié de la collectivité qui a délégation de signature.

Festival des Voix moissac
Festival des Voix. Les Grandes Bouches avec les enfants des écoles.

En 2019, la procédure d’obtention de la licence a été fortement simplifiée, mais le pouvoir de contrôle des préfets a aussi été renforcé. Il leur est maintenant possible de retirer la licence à une personne qui ne respecterait pas les règles fiscales ou les normes de sécurité, ou encore le droit du travail ou de la propriété artistique. De plus, cette licence ne peut pas être transmise : lorsqu’on change de titulaire, toute la procédure est à reprendre. Elle doit aussi être renouvelée tous les 5 ans. Les obstacles pour qu’une collectivité publique exerce en propre la fonction d’entrepreneur de spectacles sont donc nombreux, et dans les faits peu de communes le font.

Il reste donc à la mairie de Moissac, de traiter avec des entreprises de spectacles qui prendront à leur compte la sécurité du public et la rémunération des artistes. Mais un intermédiaire a un coût qui peut être élevé et on doit s’interroger sur les dépenses supplémentaires que la décision de Romain Lopez imposera aux finances de la commune.

Contrôle de la culture, dissimulation du projet réel : la fascisme au pied de la lettre.

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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