Moissac mérite mieux, 30 janvier 2021
Moissac mérite mieux… manifestation du 30 janvier 2021; esplanade des Justes
Temps de lecture : 6 minutes

Où en est la gauche moissagaise ? Ses représentants semblent complètement aphones depuis que Romain Lopez a remporté l’élection municipale du 28 juin dernier. Mais de la marginalisation de l’opposition municipale aux incohérences de l’union d’une gauche improbable, y a-t-il encore un avenir pour une alternative à l’extrême droite ?

Moissac mérite mieux… mais quoi ?

Samedi 30 janvier, esplanade des Justes parmi les Nations à Moissac, une petite centaine de personnes a répondu à l’appel du Parti Communiste. Pêle-mêle, sous la pluie, devant la caméra de France 3, on reconnait des représentants de divers partis de gauche ou d’extrême gauche et des mouvements antifascistes. Ils sont d’ici ou venus de Montauban, de Toulouse ou du Lot… Les députées du département ont envoyé un message de soutien. Tous appellent à un sursaut face au maire Rassemblement National de Moissac. Leur slogan : Moissac mérite mieux…

Cette gauche hétéroclite qui n’a jamais vraiment su se rassembler le pourra-t-elle enfin pour répondre à ce vœu exprimé par les uns et les autres ? Et pourquoi le ferait-elle, alors que tous les mouvements représentés en cette fin janvier portent peu ou prou la responsabilité de l’échec de Territoires et Moissac Solidaires (TEMS), la seule liste opposée à celle du Rassemblement National le 28 juin ? Ils l’ont soutenue du bout des lèvres ou très très discrètement, ils n’ont pas voulu prendre part à la campagne ou pas osé prendre position, pas su dépasser leurs rivalités. Pire encore, des rescapés du naufrage de la « gauche unie » d’avant 2014, ont même voulu lui faire obstacle au prétexte que TEMS n’était pas issu de « leur » gauche.

Territoires et Moissac Solidaires, une opposition muselée

Les six élus de TEMS se retrouvent de fait bien seuls face à un maire qui n’accepte aucune contradiction, même celles venant de son propre camp. Il avait annoncé la couleur lors de la première réunion de son conseil municipal : « la démocratie, ce n’est pas le débat, c’est l’efficacité ». Dont acte, ses décisions ne se discutent pas, par souci d’efficacité.

La politique du maire est tellement mince qu’on ne peut rien en dire, ses projets tellement absents qu’on ne peut même pas les critiquer

Du reste, l’efficacité étant la capacité à atteindre des objectifs, plus les objectifs sont petits, plus l’efficacité est grande et facile. Les objectifs du maire de Moissac sont la propreté autour des poubelles, la sécurité et la glorification de son propre nom. Ses actions se résument donc à filmer les personnes qui ne respectent pas les règles de dépôt des ordures, à trôner auprès de caméras embarquées dans les véhicules de la police municipale, à sourire aux vieux dont il espère le soutien et à injurier ses homologues de la communauté de communes. Objectifs atteints, efficacité maximale. Mais que reste-t-il à l’opposition ? La politique du maire est tellement mince qu’on ne peut rien en dire, ses projets tellement absents qu’on ne peut même pas les critiquer.

Quels enjeux pour Moissac ?

Deux types d’enjeux s’imposent. En premier lieu, il s’agit de redonner un avenir à Moissac à travers un projet cohérent qui devra sans doute être moins ambitieux que celui porté par TEMS, et peut-être plus réaliste quant à la réelle volonté d’anciens élus d’œuvrer pour l’intérêt général. A ce propos, la dégringolade de la République en Marche vers les tréfonds de la vieille droite devrait empêcher son représentant local, Gérard Vallès, de se prétendre encore de gauche. Ensuite il faut évidemment préparer les prochaines échéances électorales, car sans participation aux organes du pouvoir, à quoi bon développer un projet politique ?

Pour les élus de TEMS, l’élection municipale de 2026 est bien sûr la cible principale, et comme la bataille sera rude, il n’est pas trop tôt pour s’y préparer. Mais les élections départementale et régionale qui seront sans doute maintenues en mai ou juin de cette année 2021, constituent un enjeu primordial pour le Tarn-et-Garonne et l’Occitanie et, bien sûr, une étape importante pour Moissac. La condamnation de Brigitte Barèges va obliger les barons locaux à revoir leurs stratégies pour le département et à sortir de leur égocentrisme ; l’engagement de Carole Delga pour le développement du service public et sa condamnation des idées réactionnaires et totalitaires du Rassemblement National sont un repère pour le territoire d’Occitanie. Les jeux ne sont peut-être pas encore faits pour Moissac et en tout cas, ce contexte incite à ne pas baisser les bras. La campagne régionale, au moins au deuxième tour, devrait voir une large entente autour de Carole Delga, mais pour l’élection départementale, on peut s’attendre dans le département à une belle cacophonie, la bataille pour le siège de président est engagée. A Moissac, face à un maire candidat pour le canton, encore en état de grâce, pas encore entaché par son absence de vision politique, il faudrait une union large et capable de dépasser les petites luttes de pouvoir entre « amis », mais pour l’heure, rien n’indique encore que ce sera le cas.

TEMS au cœur du territoire 

Les élus de Territoires et Moissac Solidaires sont les seuls légitimes à rassembler les femmes et les hommes porteurs des valeurs de solidarité et de développement local qui ont longtemps fait le ciment de la gauche. Il va falloir accepter d’abandonner les débris de partis politiques désavoués par les citoyens ; il va falloir construire une nouvelle forme de militantisme détachée des scléroses idéologiques et des ambitions personnelles ; il va falloir accepter le vote des électeurs avant d’envisager une nouvelle élection. A Moissac la seule légitimité face à Romain Lopez, c’est celle donnée à TEMS par 38% des électeurs.

Mais TEMS n’est pas un parti politique, c’est même le contraire. Les six élus à la mairie de Moissac sont issus d’un collectif sans aucun lien avec les partis politiques, c’est ce qui en a fait le challenger du RN et la cible des caciques d’un ordre politique révolu et rejeté. 

A Moissac la seule légitimité face à Romain Lopez, c’est celle donnée à TEMS par 38% des électeurs

Aujourd’hui, seul le Parti Communiste peut encore revendiquer une présence militante à Moissac et c’est à ce titre qu’il est à l’initiative de la manifestation du 30 janvier. Mais ses représentants doivent peut-être encore se débarrasser d’un reste de dogmatisme et, il faut bien le dire, de rivalités internes qui brouillent la compréhension de leurs motivations. TEMS et Moissac ont besoin du soutien et surtout de la logistique des partis de gauche, ils ont surtout besoin d’un réel engagement, non pas contre un maire venu d’un autre âge, mais pour un avenir ambitieux et humain. Les uns et les autres pourront-ils balayer les scories d’une histoire politique encore marquée par la troisième République ? Pourront-ils reconnaitre que, sans projet fédérateur, leurs partis ne sont que des coquilles vides ? Pourront-ils accepter de jouer leurs rôles sans pour autant être au centre du jeu ? Pourront-ils comprendre que leur propre ambition dépend exclusivement de l’ambition qu’ils nourrissent pour un territoire et ses habitants ? Les semaines qui viennent nous apporteront les réponses.

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de confidentialité, ainsi que les Conditions de service Google s’appliquent.