Antidote - Louise Michel
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Cette année de commémoration des 150 ans de la Commune de Paris est l’occasion de célébrer l’égérie de cette révolution mal connue (voir notre article « Une révolution pour aujourd’hui »). On sait que c’est elle qui a emmené les Parisiens protéger les canons de Montmartre, qu’elle a passé 7 années au bagne de Nouvelle-Calédonie… Mais au-delà du mythe, que sait-on de la femme ?

Née dans un château

Née le 29 mai 1830, Louise Michel est la fille d’une servante du château de Vroncourt en Haute-Marne et d’un père inconnu, probablement le fils du châtelain. Elle recevra pourtant une éducation solide et ouverte sur les philosophes des Lumières de la part de la famille de son père supposé. En 1850, à la mort du châtelain, elle doit quitter Vroncourt et prend le patronyme de sa mère. Celle qu’on appelait au village Mademoiselle Demahis devient définitivement Louise Michel. Elle a 20 ans.

Titulaire d’un brevet lui permettant de devenir institutrice, elle refuse de prêter serment à Napoléon III et se ferme ainsi les portes de l’instruction publique. Elle crée alors successivement plusieurs écoles privées en Haute-Marne d’abord, à Paris ensuite. Elle y privilégie l’éducation des filles et y accueille des enfants handicapés souvent livrés à eux-mêmes.

L’enseignement la passionne mais ne lui suffit pas. Elle écrit de la poésie et entretient une correspondance régulière avec Victor Hugo qui lui dédiera un poème après sa condamnation au bagne.

Militante révolutionnaire

Parallèlement, elle se met à fréquenter les milieux révolutionnaires et participe à la rédaction de journaux comme le Cri du peuple. Elle devient aussi une des dirigeantes d’une association d’aide aux ouvrières et crée une cantine pour ses élèves. Son engagement lui prend tout son temps, au point qu’on la surnomme la vierge rouge. Elle vit pourtant une passion amoureuse avec Théophile Ferré qui sera à ses côtés pendant toute la durée de la Commune de Paris et qui sera fusillé par les Versaillais.

Avec d’autres femmes de Montmartre, elle prépare la révolution. Elle s’engage dans la garde de Montmartre, devient ambulancière et se trouve à la tête de toutes les manifestations. A cette époque, elle rencontre Georges Clemenceau, alors maire de Montmartre. Une profonde amitié naît entre eux, elle ne s’éteindra qu’avec la mort de Louise Michel. Clemenceau, le misogyne invétéré, lui voue une grande admiration et la soutiendra par ses lettres et ses mandats pendant sa déportation ; il la sortira de prison ensuite, chaque fois que ses activités l’y mèneront.

La Commune et la naissance du mythe

Dès le premier jour de la révolte, elle est aux avant-postes et y restera jusqu’à la fin. Condamnée au bagne le 16 décembre 1871, elle arrive en Nouvelle-Calédonie le 13 décembre 1873 après quatre mois en mer. Elle y restera 7 ans.

je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue. j’appartiens toute entière à la révolution sociale, et je déclare accepter la responsabilité de mes actes. Je l’accepte toute entière et sans restriction.

Evidemment elle ne sait pas rester inactive. Elle fréquente des anarchistes qui la décident à rejoindre leur cause. Elle crée un journal et s’intéresse à la culture et à la langue des Kanaks qu’elle soutiendra lors de leur révolte de 1878. Elle entreprend aussi des recherches pour la création d’une langue universelle. En 1879, elle obtient l’autorisation de créer une école à Nouméa, elle y accueille des enfants de déportés et donne des cours à des adultes kanaks.

Quand elle rentre à Paris, le 9 novembre 1880, sa popularité est telle que le gouvernement déploie 10 000 policiers et militaires par crainte des débordements. 

L’anarchiste

Jusqu’à sa mort, elle sera de tous les combats, de toutes les manifestations. Elle retrouve la prison notamment en 1886 pour « excitation au pillage » puis pour avoir soutenu la grève des mineurs de Decazeville, en 1890 pour incitation à manifester. En 1888, elle est victime d’un attentat de la part d’un militant royaliste et gardera jusqu’à sa mort une balle dans la tête qu’il était alors impossible de retirer.

Elle trouve encore le temps de créer une école libertaire à Londres, de fonder un journal à Paris, de donner des conférences et de soutenir des luttes ouvrières à travers la France. Elle meurt à Marseille le 9 janvier 1905 des suites d’une embolie pulmonaire. Une collecte populaire permet de ramener son corps à Paris. 130 000 personnes peuvent ainsi assister à ses funérailles.

Seulement 4 femmes ont donné leur nom à une station du métro parisien. Marie Curie est comme toujours associée à son mari, le nom de Simone Veil est accolé à Europe, Marguerite de Rochechouart de Montpipeau serait oubliée sans la station Babbès. La station Louise Michel se trouve sur la ligne 3.

En 2009, Solveig Anspach lui consacre un long métrage dans lequel elle est incarnée par Sylvie Testud, et quand l’année dernière, Banksy affrète un bateau pour sauver les migrants à la dérive en Méditerranée, c’est son nom qu’il choisit pour le hisser à la hauteur de la tâche. De nombreux livres lui sont consacrés, parmi ceux qu’elle a écrits, ses Mémoires sont disponibles aux éditions Sulliver ou aux éditions Ligaran. La Découverte a publié des textes inédits sous le titre A travers la mort. La Commune, histoire et souvenirs a été édité en plusieurs volumes par Maspero et son recueil de Légendes et chansons de geste canaques par les Presses universitaires de Lyon.

A partir du 18 mars prochain, la ville de Paris commémorera la Commune pendant 72 jours. Le 2 avril, le procès de Louise Michel sera évoqué et un araucaria, arbre emblématique de Nouvelle-Calédonie, sera planté dans un square de la capitale.

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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