Les roses noires, dernier livre de Mordillat
Les roses noires, dernier livre de Mordilla
Temps de lecture : 2 minutes

Romancier, poète, scénariste, documentariste…, Gérard Mordillat compose une œuvre multiforme qui questionne notre société et notre époque. Luttes sociales, résistance au libéralisme et au fascisme, décryptage des mythes et des religions sont ses thèmes de prédilection. Aujourd’hui, avec « Les roses noires », il nous livre un roman rapide et brutal, à la fois allégorie et mise en abime de notre actualité.

L’action se déroule en quelques jours quelque part en France. Les quartiers et les rues portent les noms de livres de la bible, Deutéronome, Les Rois, Saint-Jean… Les cinémas et les théâtres ont définitivement fermé, la presse écrite est interdite, seuls la télévision et internet, contrôlés par le pouvoir peuvent diffuser l’information. Le pouvoir brutal et sanguinaire s’est dilué, l’armée et la police partagent la répression avec des meutes paramilitaires, les Souchiens, pour « Français de souche » ; un Conseil aussi secret qu’invisible gouverne de manière absolue, un seul de ses membres est connu, un milliardaire qui a fait fortune en spéculant sur l’eau potable et les denrées de première nécessité. Un brouillard chimique recouvre la planète et brûle plantes et animaux. La guerre mondiale fait rage mais nul ne sait où se déroulent les combats, ni qui est contre qui, les alliances géopolitiques changent quotidiennement…

Dans ce chaos, des femmes et des hommes tentent de survivre. Les étrangers sont chassés ou « traités », entendez assassinés, par les Souchiens. Ceux qui restent doivent passer un test d’utilité. S’ils le réussissent, ils sont classés en six castes depuis les Dominants jusqu’aux Servants, s’ils échouent, ils deviennent les Inutiles, esclaves parmi lesquels on trouve les Niggers, mot fourre-tout pour les blacks, les métèques, les communistes, les anarchistes, les réfractaires, les artistes…

Mais la résistance se met en place. Bandes punk guidées par la nécessité de vengeance, artistes amassant leur arsenal dans les couloirs du métro abandonné, militants politiques et syndicaux cachés dans les ruines des banlieues se retrouvent pour une révolte aussi courte que brutale. En quelques jours le pouvoir vacille, les Dominants n’écoutent que leur terreur de la foule et fuient une répression sauvage. La révolte gagne la planète, bientôt il ne reste que des ruines et la désolation.

Dès la page de garde, Gérard Mordillat nous prévient en citant Frédéric Lordon : « Il n’est pas absurde de saisir la situation politique par l’imaginaire ». Mais sommes-nous bien dans le domaine de l’imaginaire ? L’industrie a laissé la place à la spéculation la plus vile ; une guerre mondiale est engagée contre un ennemi invisible ; on ne sait plus qui gouverne vraiment ; l’Etat a été bradé aux profits des spéculateurs et des ignorants ; les racistes les plus bêtes sont les nouveaux penseurs ; et que dire de la fermeture des cinémas, théâtres et restaurants ?

La Grèce est au bord de la rupture, l’Espagne est en pleine crise institutionnelle, l’Europe et l’Amérique se fracturent, la planète brûle. L’abime est-il encore loin ?

Les roses noires, dernier livre de Mordillat
Les roses noires
de Gérard Mordillat
Albin Michel 2021
295 pages

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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