Thierry de Chaunac dans le rôle d'Hamlet
Thierry de Chaunac dans le rôle d'Hamlet
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Six jours après les élections de juin dernier, autant dire dès l’arrivée de Romain Lopez à la mairie de Moissac, la Compagnie Arène Théâtre est informée que le versement de la subvention est « bloqué », subvention pourtant votée par les élus de la mairie précédente.

Le 10 août suivant, Eric Sanjou et Christophe Champain, animateurs de la compagnie, rencontrent les premier et deuxième adjoints de la nouvelle municipalité. Ces derniers s’informent du fonctionnement de la compagnie, sur le bilan financier, le nombre d’adhérents … Peut être même s’interrogent-ils sur le sens et le rôle du théâtre ? En tous cas, ils découvrent ce qu’est cette compagnie théâtrale, implantée à Moissac depuis 2011, mais pour autant ne reconnaissent pas l’importance de sa présence pour la population. 

Ils découvrent ainsi que la mairie de Moissac n’est pas seule à subventionner la compagnie Arène Théâtre, le Département et la Région participent également à son financement.

A la suite de cet entretien, les représentants du maire suggèrent à la compagnie théâtrale de proposer un projet (comme si celle-ci les avait attendus pour se projeter !), lui conseillant même de demander la reconduction de la subvention pour l’année 2021 et affirmant que celle concernant l’année 2020 serait débloquée.

Le 31 août, la situation est figée. La compagnie interpelle le service « comptabilité » de la mairie : le versement de la subvention est toujours « bloqué » … Erreur ou retard ?  

Monsieur Lamothe, directeur de cabinet du maire, se veut rassurant : « Pas de soucis … je débloque »  

Le lendemain pourtant, par courrier, le maire fait part à la compagnie théâtrale de sa décision de « dégager la commune de Moissac de toute participation financière et matérielle envers l’association. »

Qu’on se le dise, le maire de tous les Moissagais punit ceux qui ne s’inclinent pas : « Durant la campagne (pour les élections municipales), ils (les comédiens d’Arène Théâtre) ont été clairs, ils nous ont insultés entre les deux tours, donc s’ils ont une opinion aussi dégradée de nous, je ne pense pas qu’ils aient envie de travailler avec nous » (article du 14/12/2020-La Dépêche). Tout est dit.

Pas de débat. Pas de concertation

La décision du maire, aux accents revanchards, de dénoncer la convention avec Arène Théâtre, ne sera cependant validée que lors de la réunion du conseil municipal suivante, les élus de la majorité se contenteront alors d’entériner une décision déjà prise en amont par le maire. Pas de débat. Pas de concertation. « Le débat est une perte de temps pour la démocratie » déclame volontiers le maire de Moissac. Même dans son propre camp semble t-il …

La Région, quant à elle, continue de soutenir la compagnie théâtrale. En juillet, elle avait déjà affirmé souhaiter que celle-ci reste à Moissac. Mais sans siège social, sans bureau, sans possibilité d’accès au Hall de Paris, privée de ses outils de travail par une mairie qui entend imposer une idéologie dans laquelle la culture n’a pas de place, comment la compagnie pourrait-elle poursuivre son action ? La privation signe la punition. 

Sommée de quitter sa résidence moissagaise, obligée de s’exiler à Coutures, la compagnie entend néanmoins continuer à nous offrir un théâtre de qualité, libre, indépendant et non censuré. 

Un théâtre qui nous apporte l’évasion, la réflexion, l’éveil des consciences. Un théâtre qui dit aux jeunes : « Allez vous promener en forêt, n’ayez pas peur du loup ! » 

Car ce qui anime les comédiens d’Arène Théâtre et attirera toujours le public, c’est l’éclectisme dans le choix des textes, la liberté de penser,  » la lutte contre ce qui enferme, « contre la peur » ajoute Eric Sanjou. Ce qui les anime, c’est cette volonté inébranlable d' »être un défenseur des différences, jusqu’à en faire l’éloge. »  Le théâtre peut parfois provoquer, créer la polémique mais nul doute qu’il favorise l’échange, la réflexion, donc le mouvement, en un mot : la vie ! 

L’Élu a donc décidé, fort de ses certitudes dictées par une idéologie bien ancrée, de priver ses concitoyens de tout cela, de nous en priver … Eh bien, nous irons à Coutures !

Nous irons voir et revoir les spectacles d’Arène Théâtre. Peut-être moins directement politiques, précise Eric Sanjou, mais sans doute « davantage tournés vers la poésie » car « nous voulons croire à la beauté qui sauvera le monde… c’est ce qui nous tient debout » 

Quant à nous, nous irons à Coutures, là où la culture de proximité nous invite.

NB : A vos agendas ! La représentation d’Hamlet à l’abbaye de Belleperche aura bien lieu, rendez-vous le 30 juillet prochain.

Infirmière depuis 31 ans à l’hôpital public de Moissac (devenu « établissement de santé »), je suis convaincue que la préservation des services publics sur notre territoire doit être un choix politique ; que l’intérêt général doit guider tout programme, toutes actions individuelles ou collectives. La communication, les échanges nourrissent la pensée et la réflexion, nous permettent d'appréhender les enjeux de notre société, d'agir sur elle jusqu'à la réinventer. Je ne braderai pas les valeurs qui me portent pour une société où l’épanouissement de quelques-uns se fait au dépens de nombreux autres. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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