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Le mot nostalgie vient du grec, il est construit à partir de nostos, « retour », et algos, « douleur, mal ». Dans son sens premier, très proche de cette étymologie, nostalgie désigne le mal du pays dont souffre une personne qui vit loin de sa terre natale.

La nostalgie se caractérise, entre autres, par un état de tristesse accompagné d’une vague mélancolie liée au regret du passé ou d’une période de la vie considérée comme heureuse et qu’on aimerait retrouver tout en sachant que c’est impossible. On peut aussi éprouver de la nostalgie pour une chose que l’on n’a jamais connue. On peut souhaiter la ressentir, elle apporte cette douce langueur, ce vague à l’âme qui permet d’échapper à un présent décevant, douloureux ou incompréhensible.

Une vision sépia de la ville

Certains politiciens l’ont bien compris et exploitent désormais ce sentiment par lequel le citoyen, saturé d’injonctions sociales de tous ordres, se réfugie dans une vision sépia de sa ville, de son environnement, dans la douceur et l’insouciance supposées  de souvenirs fantasmés. 

Proposer à ses concitoyens un retour à des racines mythifiées contre l’envahisseur étranger et sa culture, à grands coups de communication, suffit à endormir une société sans qu’il soit besoin de lui proposer un programme politique. Et oublier que le passé a eu aussi son lot de crises, d’épreuves pour ne garder que l’idéalisation du souvenir relève de la manipulation . 

A Moissac, la restauration du passé a le vent en poupe, le magazine municipal claironne « Mission : sauver le cloître ». Sans aucun budget associé à cette action, cette nouvelle opération de communication du maire Rassemblement National de Moissac suffit à flatter l’attachement des  Moissagais à leur histoire, sans avoir besoin d’investir le moindre euro dans la restauration du patrimoine.

A Moissac, le maire exploite la nostalgie d’une culture moissagaise endémique alors que l’histoire de la ville s’est construite sur le multiculturalisme.

Le cloître de Moissac a été bâti et décoré par des artistes du monde entier. La présence d’arabesques et d’écritures coufiques dans les chapiteaux décoratifs ornant les colonnes du cloître révèlent que Moissac était, dès le Moyen-Age, au carrefour de multiples cultures. L’art mozarabe y côtoie l’art chrétien occidental. Cette rencontre culturelle inspire encore aujourd’hui les visiteurs croyants ou athées qui découvrent ce lieu. Le cloître de Moissac est la première étape dans la tradition de mixité culturelle de notre ville.  La dernière étape de ce brassage artistique, le « Festival des Voix, des lieux, des mondes », n’a pas résisté au rejet par le maire d’une tradition millénaire de diversité culturelle à Moissac. 

A Moissac, le maire invente le concept d’« assimilation » des populations étrangères dans la ville pour mieux exclure les derniers arrivés : les Roms bulgares dont la présence est devenu un enjeu électoral aux dernières élections municipales. 

Dans notre terroir agricole, les travailleurs saisonniers étrangers ont toujours constitué une main d’œuvre recherchée. Mais cette  « assimilation » tant vantée par le maire Rassemblement National comme ayant été une évidence, a t-elle seulement existé ? En inventant un souvenir apaisé de l’arrivée des travailleurs saisonniers étrangers dans la ville, le maire flatte un électorat issu de l’immigration et cherche à le fédérer autour du rejet des derniers arrivés : les Roms bulgares qui – à l’en croire – refuseraient de « s’assimiler » . 

Que les Italiens, les Espagnols, les Maghrébins, les Portugais, les Polonais se souviennent de leur arrivée à Moissac et de l’accueil qu’ils y ont reçu ! Qu’ils se souviennent des rumeurs nauséabondes qui circulaient lors de leur installation, du panneau d’entrée de ville sur lequel était tagué « Alger » en lieu et place de « Moissac » ! Le racisme que nous rencontrons aujourd’hui avec les Roms bulgares, d’autres immigrés l’ont également subi.   

Refuser la réalité

Si la mixité est devenue la normalité à Moissac, certains citoyens s’obstinent à en refuser la réalité. Pourtant aucune des immigrations successives n’a rejeté ses propres coutumes ou sa culture pour pouvoir vivre dans cette ville, aucune immigration n’a accepté l’ « assimilation » car le « vivre ensemble » s’est construit sans avoir à renier son identité et nous avons ainsi vu fleurir dans notre ville des épiceries maghrébines, des épiceries portugaises, polonaises et aujourd’hui bulgares.

Finalement, le rejet par la population de la communauté rom bulgare aujourd’hui à Moissac, de ses droits et de son apport pour l’économie locale n’est qu’un bis repetita de l’histoire de notre ville. Et qui peut être nostalgique de ce racisme éhonté ? 

Cette nostalgie que cherche à exploiter le Rassemblement National à Moissac, cette prétendue « douceur de vivre » qu’il veut vendre n’est qu’un vulgaire mensonge, un pur fantasme

Regarder Moissac avec un filtre sépia ou recouvrir la ville d’affiches municipales monochromes prônant la « Tolérance 0 » est une réalité factice d’opérette. Affrontons notre présent et construisons notre avenir sans nier les difficultés, ce n’est qu’à cette condition que nous serons acteurs de la politique de notre ville et pas seulement des spectateurs « nostalgiques ».

Pour aller plus loin sur l’exploitation du sentiment de nostalgie en politique : https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/une-epidemie-globale-de-nostalgie

« Retrotopia » de Zygmunt Bauman, Editions Premier Parallèle 

Engagée dans la défense de l'intérêt général et des des services publics, j'ai porté cet engagement en tant qu'adjointe au maire de Moissac de 2008 à 2014. Je suis greffière, j'ai débuté ma carrière en 2001 à Créteil (94)  avant de  revenir  avec mon mari et mes deux enfants, dans ma ville de Moissac. Je suis conseillère municipale de Moissac  dans le groupe d'opposition  "Territoires et Moissac Solidaires". Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

1 COMMENTAIRE

  1. Je ne dirai qu’une chose:BRAVO pour cette mise au point oserai-je dire cette mise aux poings que je garde serrés depuis le cataclysme de juin

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