Antidote - La déroute de Terres des Confluences
La base de loisirs de Saint-Nicolas-de-la-Grave
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Le conseil communautaire s’est réuni le 31 mars au Hall de Paris de Moissac. Sans public comme il se doit en ces temps de propagation virale. On peut se demander si devant leurs concitoyens et électeurs, certains élus présents auraient osé se comporter comme ils l’ont fait. Injures, menaces, racisme, rien n’a manqué. L’apogée en a sans doute été la délibération concernant l’aire d’accueil des gens du voyage de Laverdoulette située sur la commune de Castelsarrasin, les propos les plus dégradants y ont été proférés au point d’en oublier la raison du vote (il s’agissait de voter des travaux  de mise en conformité de  cette aire d’accueil dont la gestion dépend de l’intercommunalité). Ce soir-là certains élus de la République ont montré le plus vil coté d’une démocratie en pleine déconfiture, mais heureusement, personne n’était là pour le voir. Comme disait Coluche : “on n’en parle pas à la télé, y’a trop de monde qui regarde“.

Antidote - La déroute de Terres des Confluences
Le siège de Terres des Confluences à Castelsarrasin

Le gros morceau de la soirée était le vote du budget et, en matière d’équipement, le début des travaux du centre aquatique de la zone de Fleury. L’investissement et sa programmation avaient déjà été votés lors de la précédente mandature, mais c’était avant la crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales. Les élus moissagais de TEMS, entre autres, ont proposé un report du chantier afin de retrouver pour l’année qui vient des marges de manœuvre nécessaires à la relance de l’économie locale. Mais pour la majorité des conseillers, il n’était pas question de revenir sur une décision prise, fût-elle aujourd’hui dépassée ou hors de propos.

Bien sûr ce centre aquatique est nécessaire, bien sûr il rendrait le territoire plus attractif pour de nouveaux habitants, mais le choix fait par les conseillers communautaires soulève un certain nombre de questions.

Le choix de l’emplacement

La zone d’activités de Fleury a été choisie alors que le communauté de communes ne comptait encore que Castelsarrasin et Moissac. La parité exacte et la personnalité des deux maires d’alors interdisaient tout débat et cantonnaient la prise de décision à un rapport de force sclérosant. Quand la communauté s’est agrandie, le rapport de force a perduré et s’est traduit par une quête de ralliements des maires de villages au profit de celui de Castelsarrasin ou de Moissac. A ce jeu, Jean-Philippe Bésiers, maire de Castelsarrasin, s’est montré le plus habile et a vite su constituer une majorité autour de lui.

Terres des Confluences a déjà sur le territoire de Saint-Nicolas-de-la-Grave la zone de loisirs départementale qui dispose d’une piscine d’été au bord d’un vaste plan d’eau. La recherche de l’intérêt général aurait sans doute nécessité d’envisager le développement de ce parc où il aurait été possible d’implanter une piscine couverte, d’autres équipements sportifs, une cafétéria, des salles de jeu et de vastes parkings. Mais cela aurait demandé une négociation avec le conseil départemental. Visiblement certains ne la voulaient pas. Frilosité, jalousie clanique, incompétence ? Les raisons en sont aussi obscures que sordides. 

La base de Saint-Nicolas en été

La décision fut donc de ne pas choisir et de garder la zone de Fleury, située sur le territoire de Castelsarrasin, où il sera possible sitôt sorti de l’eau de faire ses achats au centre Leclerc, de manger au self de la galerie marchande ou de pousser jusqu’au Mac Donald’s en faisant un crochet par Lidl.

Le choix de l’indécision

La crise que nous vivons a des conséquences dramatiques pour l’économie locale et les nombreuses personnes qui en vivent. Cela aurait justifié qu’au moins un débat ait lieu sur la mobilisation de la communauté de communes pour accompagner et souvent sauver le commerce de centre ville, l’artisanat, l’industrie encore présente et les lieux culturels dont le cinéma Concorde, un des derniers multisalles indépendants sur un territoire comme le nôtre. Le maire de Moissac aurait pu saisir l’occasion pour montrer sa volonté de défendre l’intérêt général, mais il est visiblement plus habile en communication qu’en négociation, et il s’est bien gardé d’affronter sur le fond son homologue de Castelsarrasin. Les élus d’opposition de Moissac et Castelsarrasin et quelques autres étaient bien seuls et la discussion s’est vite réduite à la question de l’augmentation ou non de la taxe foncière.

Incapable de se remettre en cause, incapable d’empêcher les débordements verbaux, incapable de proposer des projets innovants, incapable de dépasser les querelles de clochers, la majorité du conseil communautaire a préféré maintenir le statut quo du rapport de force entre les deux communes principales. De quoi noircir encore davantage l’image d’une démocratie locale à la dérive.

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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