La Commune de Paris
La Commune de Paris
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Entre le 18 mars et le 28 mai 1871, les insurgés de la Commune de Paris tentent de mettre en place un régime socialiste. 150 ans plus tard, que reste-t-il de la dernière révolution que la France a connue ?

Née d’une défaite

La Commune est née de la défaite de la France face à la Prusse après la déroute de Sedan et l’arrestation de Napoléon III. Les insurgés comptaient sur un soulèvement patriotique, comme en 1792 quand une armée de volontaires était allée défendre les frontières face aux monarchies contre-révolutionnaires. Mais Paris est assiégée et ne peut pas vraiment compter sur l’armée régulière qui se rallie à Adolphe Thiers. Ce dernier, royaliste orléaniste, partisan du rétablissement d’une monarchie constitutionnelle, comptait sur une révolution bourgeoise comme celle de 1830 qui avait amené Louis-Philippe d’Orléans au pouvoir.

Mais très vite, les insurgés prennent des mesures qui vont dans un tout autre sens. Les 79 membres élus du gouvernement communal sont principalement issus des classes populaires et des mouvements ouvriers. Ils prônent une république dans laquelle les décisions sont décentralisées et dont les représentants ont des mandats impératifs et peuvent être révoqués en cas de manquements.

Un programme ambitieux 

Le gouvernement communal encadre le travail de nuit et interdit les retenues sur salaire arbitraires. Il instaure des bureaux municipaux de l’emploi afin de faire disparaitre les intermédiaires peu scrupuleux. Il favorise les petites entreprises et aide à la création de coopératives ouvrières. Il oriente en priorité les commandes militaires vers les petits ateliers au détriment des grosses entreprises qui visent une position de monopole. Il décide l’égalité de traitement pour les institutrices et les instituteurs.

11 ans avant les lois de Jules Ferry, la Commune de Paris instaure l’école primaire obligatoire, gratuite et laïque. Il faudra attendre 1923 pour que l’école publique redevienne effectivement laïque. L’éducation des filles fait l’objet d’une attention particulière et les programmes sont discutés au sein de commissions où on trouve des représentants d’associations, notamment féministes. 

La Commune de Paris face au capitalisme 

Dans le dernier numéro d’Alternatives Economiques, Gérard Vindt revient sur un aspect peu abordé de la Commune de Paris, celui de l’économie. Dès le début, le gouvernement communal ne manque pas d’argent. Il peut compter sur les réserves des ministères, de l’Hôtel de Ville et de la Banque de France. Il bénéficie des taxes des compagnies de chemin de fer et de l’octroi. Mais les trois quarts de cette manne vont servir à entretenir l’effort de guerre, à payer la solde des gardes nationaux et la pension des veuves et des blessés.

La gouvernement d’Adolphe Thiers, chassé de la capitale, s’est réfugié à Versailles. Et loin de soutenir les efforts de la Commune pour résister aux Prussiens, il prendra le relais des Prussiens pour assiéger Paris et instaurera la troisième République, plus conforme aux attentes de la bourgeoisie. La répression fut terrible, 25000 morts du coté des communards, 40000 arrestations, des milliers de déportés au bagne de Nouvelle-Calédonie.

L’histoire officielle et ses serviteurs se chargeront ensuite de construire la légende de révolutionnaires sanguinaires opposés aux intérêts du pays.

Le siècle des révolutions en France s’est achevé avec ce qu’on veut présenter comme un fiasco. On peut aussi voir dans la Commune de Paris la seule révolution réellement issue des milieux ouvriers, avec un programme politique, économique, éducatif réellement soucieux de l’emploi et de la promotion sociale. On comprend mieux pourquoi elle n’a pas été récupérée par les classes dominantes qui ont préféré oublier au fond d’un tiroir la violente répression et l’incendie de l’Hôtel de Ville.

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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