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A l’approche des élections, nous sommes de plus en plus nombreux à appeler à faire barrage au Rassemblement National. Et chaque fois, le score du RN monte un peu plus. 

Le fascisme est un processus

A toutes les époques et dans tous les pays, les totalitarismes ont profité des manquements et des erreurs des démocrates. Chaque fois qu’un élu, un gouvernement, une institution a abandonné une valeur républicaine, le totalitarisme a pris la place. De même, et peut-être pire, chaque fois que nous l’avons accepté, la dictature a avancé. Quand le socialisme s’est converti au libéralisme, quand le référendum de 2005 n’a pas été respecté, quand nos élus locaux ont compté sur l’effet repoussoir du parti des Le Pen, quand, par confort, nous avons préféré le consensus au débat d’idées, quand nous avons réduit l’école à un conflit idéologique plutôt que d’en faire le lieu de construction de l’esprit critique… La liste est longue, très longue…

Chaque fois, le totalitarisme a progressé et nous nous sommes habitués. Il nous suffisait de sortir nos pancartes “sus au fascisme“ pour garder l’esprit tranquille. Le fascisme est une idéologie née en Italie dans l’entourage de Benito Mussolini. A l’origine, elle s’appuie sur une certaine conception du socialisme : la “mise en faisceaux“ des forces populaires, et beaucoup d’intellectuels et gens de gauche ont rallié le parti fasciste à partir des années 1920. Ils finiront par s’apercevoir qu’ils sont victimes d’une imposture mais il sera trop tard. Fascisme, franquisme, nazisme et leurs avatars auront alors mis la Terre à feu et à sang.

Le fascisme est un processus. Plutôt que de bêtement prendre le pouvoir par un putsch militaire qui succède à un autre putsch, les fascistes savent attendre leur heure. Ils profitent de la naïveté, de l’incompétence ou de la corruption des régimes en place pour détourner les électeurs à leur profit, mettre en place leurs amis dans l’administration ou les réseaux d’information, recruter les médiocres pour en faire des politologues ou des présentateurs de télévision… Le fascisme n’est pas un totalitarisme comme les autres. C’est une idéologie pour laquelle la vie privée n’existe pas, chacun surveille tout le monde, nul besoin de consigne puisque le fait même de dénoncer (peu importe quoi) est une attitude encouragée. Evidemment, comme dans toutes les dictatures, la corruption et le népotisme sont de rigueur, si l’on peut dire, il faut bien récompenser les plus zélés des mercenaires…

Le fascisme, c’est la grenouille qu’on met dans l’eau froide et qui meurt de n’avoir pas senti la température monter.

Un front républicain qui sonne creux

On a rigolé des rodomontades de Jean-Marie Le Pen, et quand en 2002, il a éliminé Lionel Jospin, on a cru pouvoir tourner la page en inventant le front républicain. Ce rideau de fumée, sorte d’auberge espagnole politicienne où se retrouvent pêle-mêle progressistes et conservateurs, n’a pas sauvé la grenouille dans sa casserole, il a juste versé un peu d’eau froide alors que la flamme sous le récipient était plus vive que jamais.

Alors, de grâce, cessons de crier au loup ! Cessons de dénoncer un fascisme qui se nourrit de nos renoncements : son électorat augmente parce que ses électeurs ne veulent plus de ce que nous avons fait de la République, parce qu’ils se moquent de cette coquille vide que nous appelons “front républicain“ ou “union de la gauche“ et qui n’existe que par ceux qui veulent sauver leurs illusions ou leurs mandats.

Aujourd’hui la solidarité est partout, les projets économiques locaux fleurissent, les lieux où les humains se rencontrent et construisent sont nombreux, les initiatives éducatives se multiplient. C’est là que se constitue le terreau d’une nouvelle conception de la démocratie, sans bruit, sans fureur, avec, pour seuls conflits, les débats nés de l’énergie et de l’engagement de chacune et chacun. 

L’enjeu de 2022 n’est pas de savoir qui, d’une héritière qui se voit dictateur ou d’un chef de gouvernement qui agit déjà en dictateur, sera président de la République. L’enjeu est de penser et agir aujourd’hui pour re-construire une République que ces deux-là pensent avoir déjà détruite.

J'ai eu des responsabilités politiques en Tarn-et-Garonne, notamment au Parti Socialiste jusqu'en 2012, et en dirigeant la campagne électorale de TEMS à Moissac en 2020. Je suis particulièrement attaché à l'éducation populaire, je lui dois ce que je suis devenu. Ses valeurs sont parfois dévoyées, son identité est parfois usurpée, mais depuis plus d'un siècle elle est un phare moral et politique. Je suis réalisateur de documentaires et l'auteur des chroniques de Marcel Duvel sur le blog Moissac au Cœur. Je suis membre du comité de rédaction d'Antidote.

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